Publié le 01.06.2022

Juin 2022

Le dialogue SRS vu par Stéphanie Ruphy

Chaque mois, une actrice ou un acteur du dialogue entre sciences, recherche et société (SRS) en propose sa définition. Ce mois-ci, la parole est donnée à Stéphanie Ruphy, professeure de philosophie des sciences à l’ENS – Université PSL et directrice de l’Office français de l’intégrité scientifique.

Crédits :
Girette

Pour moi, le dialogue entre sciences, recherche et société a vocation à s’intensifier grâce à une prise de conscience accrue de la part de nombre de chercheuses et chercheurs, en particulier les jeunes générations, de leurs responsabilités comme acteurs clefs de nos « sociétés de la connaissance. »

Stéphanie Ruphy

J’en fais l’expérience dans mes cours à l’ENS qui abordent des enjeux politiques et sociétaux de la recherche : j’observe une demande croissante de réflexivité, par exemple sur les choix des sujets de recherche. Un collectif regroupant des étudiantes et étudiants des Écoles normales supérieures, EffiSciences, vient d’ailleurs d’être créé et a appelé dans une tribune récente publiée dans le Monde, « à une recherche "impliquée", davantage connectée à la société ».

La formation des futurs chercheurs et chercheuses doit leur offrir les moyens de bien s’approprier les enjeux de leurs relations avec d’autres acteurs (décideurs politiques, groupes d’intérêt, médias, associations de citoyens, etc.), afin de les préparer à l’exercice de différents registres de responsabilités en tant que chercheurs et chercheuses dans la cité.

Cet enrichissement – d’aucuns diraient cette complexification – du métier même de chercheur se traduit aussi par l’intensification des responsabilités en matière d’intégrité scientifique. De fait, les questions de bonnes pratiques de recherche ne s’arrêtent pas à la porte du laboratoire : elles concernent aujourd’hui toutes les dimensions du métier de chercheur, en particulier la prise de parole dans l’espace public. Pour renforcer la crédibilité et la portée de la parole scientifique, faut-il envisager, dans certains espaces d’intervention comme les médias sociaux, des formes d’autorégulation des communautés scientifiques ? Au risque d’entrer en tension avec la liberté d’expression dont dispose tout chercheur individuel en tant que citoyen ? Et comment articuler expression publique d’une institution scientifique et parole individuelle de ses chercheurs ?

Ces questions, et bien d’autres, essentielles à la qualité du dialogue entre le monde de la recherche et les autres composantes de la société, sont au cœur du colloque, ouvert à toutes et tous, qu’organise l’Office français de l’intégrité scientifique (Ofis) le 9 juin 2022 au Collège de France.

Auteur(s)

  • Professeure de philosophie des sciences à l’ENS – Université PSL et directrice de l’Office français de l’intégrité scientifique